La forte progression du marché actions sud-coréen s’accompagne d’une concentration croissante autour de deux géants des semi-conducteurs : Samsung Electronics et SK Hynix. Une situation qui interroge la diversification réelle des investisseurs exposés à la Corée du Sud, notamment au travers des indices de marchés émergents.
Interrogé par Market.ch, Kevin Berton, analyste gérant de fonds chez Piguet Galland, revient sur les ressorts de cette concentration et sur les risques liés au positionnement des investisseurs.
Samsung Electronics et SK Hynix occupent depuis longtemps une place prépondérante dans le marché actions sud-coréen. Leur poids s’est toutefois encore renforcé avec l’essor de la demande mondiale en semi-conducteurs et, en particulier, en puces mémoire.
Au 13 mai, les deux groupes représentaient ensemble 51,5 % du KOSPI 200, contre 38,7 % au début de l’année.
Pour Kevin Berton, cette situation dépasse le seul mouvement observé ces derniers mois :
« La concentration du marché coréen me paraît structurelle. Le marché de la mémoire est un oligopole et la demande des hyperscalers semble insatiable. »
Cette dynamique est notamment alimentée par les besoins considérables en infrastructures nécessaires au développement de l’intelligence artificielle. La vigueur des exportations coréennes de semi-conducteurs en témoigne : du 1er au 20 septembre, elles ont atteint 34,12 milliards de dollars, un record pour cette période.
La bonne santé du secteur ne suffit cependant pas à expliquer les mouvements du marché coréen. Le comportement des investisseurs particuliers constitue également un facteur important à surveiller.
Kevin Berton souligne notamment leur intérêt marqué pour les ETF à levier, des instruments conçus pour amplifier les variations quotidiennes d’un indice ou d'une valeur.
« Nous étions inquiets de l’attrait prononcé des investisseurs particuliers coréens pour les ETF à levier. Lorsque le positionnement devient excessif, une correction même limitée peut être amplifiée par les ventes forcées et les mécanismes de rééquilibrage des produits à levier. »
Deux indicateurs permettent notamment d’apprécier ce risque : les montants investis dans les ETF à levier et le recours à l’endettement par les particuliers pour financer leurs achats d’actions.
Lorsque ces deux éléments progressent simultanément, une correction peut prendre davantage d’ampleur, indépendamment de la solidité fondamentale des entreprises concernées.
La comparaison avec Taïwan permet également de mieux comprendre la spécificité du marché coréen. Malgré une exposition importante au secteur technologique, le marché taïwanais repose sur une structure d’investisseurs différente.
« La Corée est davantage exposée aux flux des investisseurs particuliers, dont le comportement tend à amplifier les mouvements de marché, à la hausse comme à la baisse. »
Une base d’investisseurs plus institutionnelle à Taïwan pourrait ainsi contribuer à expliquer des réactions de marché parfois très différentes entre les deux places asiatiques.
La concentration actuelle intervient également dans un contexte particulier : MSCI classe toujours la Corée du Sud parmi les marchés émergents, tandis que FTSE Russell la considère comme un marché développé depuis 2009.
Les réformes de gouvernance engagées ces dernières années pourraient néanmoins contribuer à faire évoluer progressivement la structure du marché.
« À mesure qu’elles produiront leurs effets, on peut espérer que la hausse du marché coréen s’élargisse à d’autres secteurs. »
Pour les investisseurs, l’exemple coréen rappelle ainsi qu’une exposition à un indice géographiquement diversifié ne garantit pas nécessairement une diversification équivalente au niveau des entreprises ou des secteurs. Derrière l’étiquette d’un marché ou d’un indice, sa composition et les dynamiques qui l’animent restent déterminantes.
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