Actualités

Géopolitique et énergie : le nucléaire revient sur le devant de la scène

Rédigé par Daniel Varela, Chief Investment Officer | 21 avr. 2026 08:46:10

Dans un article publié dans L’Agefi, Daniel Varela, Chief Investment Officer chez Piguet Galland, analyse les dynamiques qui pourraient replacer le nucléaire au cœur du mix énergétique mondial. 

Dans un contexte géopolitique durablement tendu, la sécurité énergétique s’impose comme un enjeu stratégique majeur. Les récents épisodes au Moyen-Orient ont accéléré la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et rappelé la vulnérabilité des énergies fossiles. De nombreux Etats cherchent ainsi à réduire leur dépendance extérieure et à renforcer leur autonomie dans la production d’électricité.

Si les énergies renouvelables bénéficient d’un regain d’intérêt soutenu par des politiques publiques ambitieuses, leur intermittence limite leur capacité à répondre seules à la demande. Elles nécessitent des solutions complémentaires capables d’assurer une production stable et continue à grande échelle. Dans ce cadre, le nucléaire s’impose comme un pilier crédible de la transition énergétique, en combinant sécurité d’approvisionnement, faible intensité carbone et production pilotable.

Dynamique marquée en Asie

Cette évolution se traduit par une relance progressive des programmes nucléaires. Environ 60 réacteurs sont actuellement en construction dans le monde et le parc global pourrait atteindre près de 600 unités en 2040, contre environ 440 aujourd’hui. Cette dynamique est particulièrement marquée en Asie, notamment en Chine et en Inde, où la croissance de la demande électrique impose des choix structurants.

Au-delà des politiques énergétiques, plusieurs tendances de fond viennent renforcer la demande d’électricité. La montée en puissance de l’intelligence artificielle s’accompagne d’un déploiement massif de centres de données, particulièrement énergivores, nécessitant une alimentation continue et fiable. Parallèlement, l’électrification de l’économie s’accélère, notamment dans les transports, avec le développement des véhicules électriques et des infrastructures associées. Ces évolutions structurelles soutiennent une hausse durable des besoins en électricité pilotable.

L’uranium, ressource critique

Dans ce contexte, les perspectives pour l’uranium apparaissent attractives. La production mondiale s’établit autour de 60.000 tonnes par an, dont près de 95 % sont destinées à la production d’électricité. Après une progression d’environ 40 % entre 2008 et 2016, l’offre a stagné, pénalisée par les conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima (mars 2011) et par un sous-investissement prolongé dans les capacités minières.

La production reste en outre concentrée, avec le Kazakhstan représentant environ 42 % de l’offre mondiale, suivi du Canada (13 %) et de l’Australie (9%), renforçant la dimension stratégique de cette ressource. Face à une demande appelée à croître fortement, le marché pourrait se tendre.

L’Agence pour l’électricité nucléaire (AEN) anticipe une hausse de la demande d’environ 70 % d’ici à 2040, pour atteindre près de 108.000 tonnes.

Déséquilibre structurel

Ce déséquilibre structurel entre une offre contrainte et une demande en expansion devrait nécessiter une hausse des prix afin d’inciter au développement de nouvelles capacités de production et de rééquilibrer le marché.

Dans un portefeuille de placement, une exposition à l’uranium permet ainsi de capter une thématique de long terme, à la croisée des enjeux énergétiques, climatiques et technologiques, tout en offrant une diversification intéressante. Compte tenu des spécificités du marché, la manière la plus efficiente d’y accéder reste le recours à des fonds indiciels cotés (ETF) investis directement en uranium physique, permettant de refléter fidèlement l’évolution du prix de la matière première.

Lien vers l'article de l'Agefi