L'intelligence artificielle continue de transformer les marchés financiers. Jusqu'à présent, les investisseurs ont essentiellement privilégié les entreprises capables d'afficher une forte croissance, d'améliorer leurs performances et d'accélérer leurs capacités de calcul.
Mais un nouveau facteur pourrait progressivement s'imposer : la capacité des entreprises à démontrer que leurs systèmes d'intelligence artificielle sont gouvernables, auditables et sécurisés.
Dans une interview accordée à The Block Republic, média anglophone spécialisé dans l'analyse des transformations liées à la blockchain et aux nouvelles technologies, Kevin Berton, Analyste-Gérant de fonds spécialiste des marchés asiatiques chez Piguet Galland, revient sur cette évolution qui pourrait redessiner la manière dont les investisseurs évaluent les entreprises exposées à l'IA.
Une nouvelle « prime de confiance » ?
Aujourd'hui, le marché continue principalement de valoriser les entreprises de l'IA en fonction de leur potentiel de croissance et de leur rentabilité future.
Selon Kevin Berton, cette lecture pourrait toutefois évoluer.
Les entreprises capables de démontrer que leurs modèles sont gouvernables, auditables et sécurisés pourraient progressivement bénéficier d'une véritable « prime de confiance ». À l'inverse, celles confrontées à des incidents répétés ou proposant des systèmes jugés insuffisamment contrôlables pourraient faire face à des exigences réglementaires plus importantes et voir leur valorisation pénalisée.
Même si cette tendance reste encore émergente, elle pourrait devenir un nouveau facteur de différenciation pour les investisseurs.
Le financement de l'IA entre dans une nouvelle phase
L'évolution du mode de financement du secteur constitue également un changement important.
Morgan Stanley estime que les émissions mondiales de dette liées à l'intelligence artificielle pourraient atteindre près de 570 milliards de dollars en 2026, alors que les investissements du secteur pourraient approcher les 1 000 milliards de dollars dès 2027.
Cette évolution marque un passage progressif d'un financement principalement assuré par les fonds propres vers un recours plus important aux marchés obligataires.
Selon Kevin Berton, ce changement modifie profondément la nature du risque.
L'attention des investisseurs ne se porte plus uniquement sur les perspectives de croissance, mais également sur la solidité du bilan, la génération de trésorerie et la capacité des investissements réalisés à produire durablement des bénéfices.
Cette évolution se reflète déjà sur les marchés du crédit, où les entreprises dont les dépenses liées à l'IA pèsent fortement sur leur bilan peuvent voir leurs conditions de financement se tendre.
Un nouveau thème d'investissement ?
La montée en puissance des agents d'intelligence artificielle s'accompagne également de nouveaux besoins en matière de vérification, d'audit et de sécurisation.
Pour Kevin Berton, cette couche de gouvernance devrait progressivement devenir indispensable au fonctionnement de l'écosystème.
À ce stade, il n'existe toutefois pas encore de segment boursier dédié à ces activités.
Les investisseurs souhaitant s'exposer à cette thématique passent principalement par des entreprises spécialisées dans la cybersécurité, dont plusieurs développent déjà des solutions destinées à la gouvernance et à la sécurisation des systèmes d'intelligence artificielle.
Une évolution à suivre de près
Si la croissance reste aujourd'hui le principal moteur de valorisation des entreprises de l'IA, les marchés pourraient progressivement intégrer une nouvelle dimension : la capacité des acteurs à maîtriser les risques associés à leurs propres modèles.
Pour les investisseurs, la gouvernance de l'intelligence artificielle pourrait ainsi devenir, au cours des prochaines années, un véritable facteur de création de valeur.
Découvrez l'analyse complète de Kevin Berton dans The Block Republic (en anglais uniquement).
Retrouvez l'analyse complète de Kevin Berton (uniquement en anglais)