La dynamique des résultats des entreprises américaines pour le premier trimestre de l’année est exceptionnelle. Les bénéfices publiés progressent de 26 % par rapport à l’an passé et ont conduit à des révisions haussières significatives sur la croissance en 2026. Si la majorité des secteurs profitent de cette tendance, ce sont bien les entreprises technologiques qui sont les principaux contributeurs à la croissance. L’explosion de cette profitabilité des entreprises actives dans le domaine de l’Intelligence Artificielle s’accompagne d’une augmentation sensible des investissements dans le développement de cette technologie. A elles seules, Amazon, Meta, Alphabet et Microsoft vont allouer près de USD 750 milliards à l’essor de l’IA en 2026, le double de l’an passé. Et ces sommes colossales vont principalement profiter aux sociétés de semiconducteurs, fournisseurs incontournables de puces et de mémoire pour les centres de données. L’indice SOX des semiconducteurs à par conséquent bondit de 66 % depuis les plus bas du mois de mars, une envolée brutale qui incite à la prudence à court terme, même si nous restons positifs sur la thématique IA.
La trajectoire récente du dollar américain confirme une fragilité structurelle qui pourrait se renforcer en cas d’apaisement durable du conflit au Moyen-Orient. Depuis plusieurs mois, le billet vert semble réagir de manière asymétrique aux évolutions géopolitiques : il se replie rapidement dès que des avancées diplomatiques deviennent perceptibles, mais ne parvient plus à rebondir significativement lorsque les tensions réapparaissent. Cette dynamique traduit un changement progressif dans la perception du dollar comme valeur refuge incontestée.
Traditionnellement, les phases d’incertitude internationale soutenaient mécaniquement la devise américaine grâce aux flux de sécurité dirigés vers les actifs libellés en dollars. Or, les mouvements observés récemment montrent que ce réflexe s’essouffle. Les investisseurs semblent désormais davantage sensibles aux déséquilibres structurels américains — déficit budgétaire massif et niveau élevé d’endettement public — qu’aux seuls facteurs géopolitiques de court terme.
Dans ce contexte, une détente au Moyen-Orient pourrait accélérer la pression baissière sur le dollar, en favorisant un retour vers des actifs plus cycliques et des devises offrant un meilleur potentiel de valorisation. Fait notable, à l’exception du franc suisse, les monnaies susceptibles de bénéficier le plus d’une nouvelle glissade du billet vert ne sont probablement pas les devises refuges traditionnelles. Le yen japonais, longtemps considéré comme une alternative naturelle au dollar, continue d’inspirer des réserves de la part des investisseurs. Les autorités japonaises ont d’ailleurs encore récemment dû intervenir afin de freiner la dépréciation de leur monnaie, signe que les fragilités structurelles demeurent importantes malgré les ajustements graduels de politique monétaire opérés par la Banque du Japon.
À l’inverse, plusieurs monnaies périphériques du dollar apparaissent mieux positionnées pour prolonger leur appréciation entamée ces derniers mois. Les dollars australien et néozélandais profitent d’une amélioration progressive du cycle asiatique et d’une exposition favorable aux matières premières. Dans l’univers émergent, le yuan chinois, le real brésilien ou encore le peso mexicain disposent également d’arguments solides : différentiels de taux attractifs, valorisations encore raisonnables et perspectives économiques relativement résilientes.
Si cette tendance devait se confirmer, le marché des changes pourrait entrer dans une phase plus durable de diversification au détriment du dollar américain, avec un intérêt croissant pour des devises offrant à la fois rendement, discipline monétaire et exposition à des économies moins avancées dans leur cycle d’endettement.
Le taux de chômage reste inchangé aux Etats-Unis au mois d’avril. Malgré les incertitudes géopolitiques et les craintes inflationnistes, le marché de l’emploi demeure résilient. En outre, les hausses de salaire sont encore supérieures à l’inflation, ce qui laisse présager d’un climat de consommation robuste.