Le marché des changes a été marqué ces derniers jours par le spectaculaire rebond du yen japonais, consécutif à une intervention de grande ampleur des autorités. Après avoir atteint un plus bas historique de 164 yens pour un dollar le 23 juillet, la devise nippone s'est appréciée de près de 5 % en quelques séances, mettant un terme à plusieurs mois de faiblesse.
Selon les estimations du marché, le ministère japonais des Finances aurait mobilisé entre 40 et 50 milliards de dollars afin de soutenir sa monnaie. Il s'agit de l'une des interventions les plus importantes de ces dernières années, avec un objectif clairement affiché : stopper durablement la dépréciation du yen. Son efficacité a été renforcée par la participation conjointe du Trésor américain, un signal fort envoyé aux marchés.
Nous estimons que cette intervention marque probablement la fin de la longue phase de baisse du yen. En revanche, le potentiel d'appréciation supplémentaire nous paraît limité. Le vaste programme de relance budgétaire annoncé par la Première ministre Sanae Takaichi, représentant plus de 2 000 milliards de dollars d'ici 2040, devrait accroître les besoins de financement de l'État et limiter le potentiel de hausse de la devise. Nous anticipons ainsi davantage une phase de stabilisation qu'un véritable marché haussier du yen.
Après l'été, l'attention des marchés devrait se porter davantage sur la France. Le budget 2027 constituera un premier test dans un Parlement sans majorité, alors que les finances publiques restent sous pression. Avec des taux d'intérêt durablement supérieurs à la croissance nominale, la stabilisation de la dette s'annonce particulièrement difficile. Cette situation est déjà visible sur le marché obligataire, où le spread entre les obligations souveraines françaises et allemandes demeure élevé. L'élection présidentielle de 2027 prendra ensuite le relais, dans un contexte de forte incertitude politique. La fragmentation du centre et de la droite sera l'un des principaux enjeux du premier tour. Surtout, l'issue de cette élection sera déterminante pour l'orientation de la politique économique et budgétaire du pays.
Cette prime de risque est également perceptible sur le marché actions. Depuis la dissolution surprise de l'Assemblée nationale en 2024, les actions françaises ont sous-performé de près de 15 % les marchés européens, ramenant leur valorisation relative à un plus bas de près de dix ans.
Si les incertitudes politiques expliquent en grande partie ce décrochage, le poids important du secteur du luxe dans l'indice français y a également contribué. Pénalisées par le ralentissement de la demande chinoise, les valeurs du luxe ont nettement sous-performé le marché européen.
Si une partie de ces risques est désormais intégrée dans les valorisations, nous pensons que la prime de risque sur les actifs français restera élevée au cours des prochains mois. Nous conservons ainsi une surpondération des actions européennes mais, entre les marchés français et allemand, notre préférence va clairement à l'Allemagne. Les valorisations allemandes sont aussi déprimées, mais le pays bénéficie d'un catalyseur plus tangible avec le déploiement progressif de son vaste programme d'investissements publics, dont les effets devraient progressivement se refléter dans les carnets de commandes des entreprises.
Chiffre de la semaine : 17,9 %
Les bons résultats de Microsoft et d’Amazon, ainsi que leurs plans d’expansion des dépenses d’investissement, ont soutenu le sentiment autour de l’IA et des semi-conducteurs, permettant à l’indice coréen (KOSPI) d’afficher une performance journalière record de 17,9 % dans un contexte de forte volatilité récente de cette place boursière.