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Point sur les marchés - 11 décembre 2023

Rédigé par Daniel Varela, Chief Investment Officer | 12 déc. 2023 08:00:00

Relance chinoise : à court de patience.

Les données récentes en provenance de la Chine continuent de nous rappeler la décevante reprise post-Covid depuis le début de l’année. La déflation, la faiblesse des importations et la dégradation de la perspective de crédit par Moody’s sont autant d’indicateurs du ralentissement économique. Et ceci malgré toutes les mesures de relance annoncées ces derniers mois pour renforcer la reprise économique qui est freinée par les défis dans le secteur immobilier et la consommation domestique.

Il ne fait aucun doute que la politique budgétaire jouera un rôle central en 2024. La décision d’augmenter le déficit budgétaire en octobre est une démarche proactive visant à renforcer les munitions nécessaires à la relance. Alors que la croissance chinoise est en passe d'atteindre l'objectif d'environ 5 % en 2023, les économistes estiment désormais qu'elle pourrait atteindre le même niveau pour 2024. Ce nouvel objectif témoigne de la volonté du gouvernement chinois de renforcer les supports à l’économie, notamment en l’absence d’effets de base favorables. A ce stade, une confirmation d’un plan de relance plus ambitieux est désormais essentielle pour éviter une perte de confiance supplémentaire de la part des consommateurs et des investisseurs.

 

Satisfecit ou baroud d’honneur ?

Les grands argentiers pourraient encore animer l'actualité des marchés cette semaine. Toutes les grandes banques centrales tiennent en effet leur dernière réunion de 2023 dans les tout prochains jours, avec la Banque du Japon qui fermera le bal la semaine prochaine. On surveillera d'ailleurs de près l'issue de la réunion de la banque centrale nippone qui est la seule à ne pas avoir resserré sa politique monétaire à ce jour, bien que l'abandon de la politique de taux négatif ne semble pas se profiler avant le début de 2024. Ailleurs, on ne s'attend pas à de changements majeurs. Pourtant, le contraste avec la situation d'il y a douze mois est frappant, notamment aux États-Unis et en zone euro. À l'époque, Jerome Powell et Christine Lagarde observaient médusés le plus fort dérapage des prix depuis le second choc pétrolier. Avec un renchérissement proche de 10% à fin 2022, le risque de voir une période d'hyperinflation s'installer des deux côtés de l'Atlantique était énorme. Il fallait agir vite et fort, quitte à pénaliser l'activité économique avec des hausses de taux. Un an plus tard, l'inflation ralentit partout de manière rapide et s'approche souvent de la cible de 2%. La Banque nationale suisse peut même se targuer d'avoir déjà atteint son objectif. Ces réunions de fin d'année seront-elles ainsi l'occasion de se congratuler et de partir sereinement en vacances ? Peut-être pas. Car après avoir longtemps sous-estimé le risque de dérapage prolongé des prix après la période Covid, les banquiers centraux ne souhaitent certainement pas prendre le risque d'un effet rebond, comme cela a pu être observé lors des épisodes inflationnistes des années 1970 et 1980. Ainsi, M. Powell comme Mme Lagarde essaieront sans doute, par leurs commentaires, de gérer les attentes des investisseurs. Car ces derniers sont prompts à anticiper des baisses de taux. Les marchés s'attendent en effet à de premières coupes qui interviendraient dès le printemps et des baisses qui, au total, pourraient atteindre voire dépasser 1% en 2024. Les grands argentiers pourraient donc décider de remiser le champagne à plus tard et de doucher temporairement les espoirs des investisseurs. Dans ce contexte, il sera peut-être difficile d'envisager les taux à 10 ans américains de tomber rapidement sous l'important support technique de 4.25%. De la même manière, peut-être faudra-t-il passer par une période de consolidation avant de pouvoir espérer inscrire de nouveaux records sur la majorité des grands indices boursiers.

 

Chiffre de la semaine : 0.94

Jamais l’euro n’a été aussi faible contre le franc à l’exception de la journée du 15 janvier 2015 lors de l’abandon du taux plancher par la BNS. La force du franc sera à n’en pas douter au menu de la réunion de l’institut d’émission suisse cette semaine.