Série 360
Fiscalité et prévoyance
À l’approche de la retraite, les décisions liées à votre prévoyance peuvent avoir un impact durable sur votre fiscalité et votre patrimoine. Rachats de caisse de pension, pilier 3a, libre passage ou organisation des retraits : découvrez les principaux leviers à connaître pour préparer votre retraite de manière cohérente et anticiper les conséquences fiscales de vos choix.
Préparer sa retraite, c'est aussi préparer sa fiscalité
Lorsque l'on pense à la retraite, la première préoccupation est souvent de savoir si l'on disposera de revenus suffisants pour maintenir son niveau de vie. Pourtant, le montant accumulé dans votre caisse de pension ou votre pilier 3a ne constitue qu'une partie de l'équation.
La manière dont vous alimentez votre prévoyance, planifiez et effectuez vos rachats de caisse de pension ou de votre pilier 3a, organisez les retraits de votre pilier 3a et de vos avoirs de libre passage peut avoir un impact durable sur votre charge fiscale et sur le capital réellement disponible pour financer vos projets futurs.
Pour cette raison, la fiscalité doit être intégrée à votre réflexion patrimoniale plusieurs années avant la retraite et non au moment où vous cessez votre activité.
Pourquoi la fiscalité évolue-t-elle à la retraite ?
De nombreuses personnes s'attendent à voir leurs impôts diminuer une fois leur activité professionnelle terminée. Dans certains cas, c'est effectivement le cas, mais l'évolution est souvent moins importante qu'attendu.
Durant votre vie active, vous bénéficiez de plusieurs mécanismes de déduction fiscale, comme les cotisations ou rachat au pilier 3a, ou certains rachats dans votre caisse de pension. À la retraite, ces possibilités disparaissent progressivement, alors que plusieurs revenus restent imposables : rentes AVS, rentes de caisse de pension, revenus de placements, revenus immobiliers ou encore fortune imposable.
La fiscalité de la retraite ne dépend donc pas uniquement du niveau de vos revenus, mais aussi de la manière dont votre patrimoine est structuré. Selon que vous percevez une rente, retirez un capital, détenez plusieurs comptes 3a ou disposez d’avoirs de libre passage, l’impact fiscal peut être très différent.
Il est également important de tenir compte des différences cantonales. Selon votre lieu de résidence, la fiscalité applicable aux revenus, à la fortune et aux prestations en capital peut varier significativement. Un déménagement envisagé à la retraite mérite donc d’être analysé sous l’angle fiscal, et pas uniquement sous l’angle du cadre de vie.
Rente ou capital : quel impact fiscal selon votre mode de retrait ?
Le choix entre rente et capital est traité en détail dans un épisode précédent. Toutefois, il est important de comprendre que ces deux solutions ne sont pas soumises au même traitement fiscal.
La rente est imposée comme un revenu
Les prestations versées sous forme de rente sont intégrées à votre revenu imposable annuel. Cela concerne notamment les rentes AVS et les rentes de caisse de pension.
Si la rente offre la sécurité d’un revenu régulier tout au long de la retraite, elle reste soumise à l’impôt chaque année. Plus le montant cumulé de vos rentes et de vos autres revenus récurrents est élevé, plus la charge fiscale peut être importante.
Par ailleurs, les rentes étant rarement entièrement indexées à l’inflation, votre pouvoir d’achat peut progressivement diminuer au fil du temps.
La rente constitue ainsi un outil efficace pour sécuriser un niveau de revenu, mais son impact fiscal et son évolution dans la durée doivent être pris en compte dans toute stratégie de retraite.
Le capital est imposé lors du retrait
À l’inverse, les prestations retirées sous forme de capital sont imposées au moment du versement, selon une fiscalité spécifique distincte de l’imposition ordinaire du revenu.
Une fois cet impôt payé, le capital entre dans votre patrimoine privé. Les revenus qu’il génère ensuite (intérêts, dividendes, revenus locatifs ou gains liés à une stratégie d’investissement) suivront leur propre traitement fiscal.
Au-delà des considérations fiscales, le choix du capital permet également de disposer de davantage de flexibilité financière au début de la retraite. En Suisse, l’espérance de vie en bonne santé à 65 ans est aujourd’hui d’environ 15 ans. Durant cette période, les retraités ont souvent davantage de projets, voyagent plus, consacrent davantage de ressources à leurs loisirs ou réalisent certains investissements importants.
Cette réalité conduit de nombreuses personnes à privilégier une part de capital afin de disposer de ressources plus importantes durant les premières années de la retraite, lorsque les besoins et les projets sont généralement les plus élevés.
L’enjeu ne consiste donc pas seulement à choisir entre rente et capital, mais aussi à réfléchir au moment du retrait, au montant retiré et à la manière dont ce capital s’intégrera dans votre patrimoine global et votre projet de vie à long terme.
Pourquoi anticiper plusieurs années avant la retraite ?
À l'approche de la retraite, de nombreuses personnes détiennent simultanément :
-
des avoirs dans leur caisse de pension ;
-
un ou plusieurs comptes pilier 3a ;
-
parfois des avoirs de libre passage.
Ces différentes sources de prévoyance ne sont pas toutes imposées de la même manière. Les rentes sont imposées chaque année comme revenu, tandis que les capitaux de prévoyance font l’objet d’une imposition spécifique au moment du retrait.
Attendre la dernière année avant la retraite limite souvent les possibilités de planification. Une réflexion menée suffisamment tôt permet d’organiser les retraits, d’éviter une concentration excessive de capitaux sur une même période et d’intégrer la fiscalité dans une stratégie patrimoniale cohérente.
L’objectif n’est pas uniquement de réduire l’impôt, mais de préserver davantage de capital disponible pour financer vos projets de retraite.
Les rachats de caisse de pension : un levier fiscal à anticiper
Les rachats dans la caisse de pension permettent de combler des lacunes de prévoyance tout en offrant, dans certaines situations, un avantage fiscal. Les montants versés peuvent en effet être déduits du revenu imposable, ce qui peut représenter une économie d’impôt significative pour les personnes fortement imposées en fin de carrière.
Dans de nombreux cas, il est préférable d’effectuer plusieurs rachats échelonnés sur plusieurs années plutôt qu’un versement unique. Cette approche permet souvent d’optimiser l’avantage fiscal tout en intégrant progressivement les montants dans sa stratégie de prévoyance.
Toutefois, les rachats ne doivent pas être envisagés sous le seul angle fiscal. Lorsqu’un retrait en capital est prévu à la retraite, leur planification doit être anticipée suffisamment tôt. En règle générale, un rachat doit être effectué au moins trois ans avant le retrait du capital afin de pouvoir bénéficier des déductions fiscales.
Avant d'effectuer un rachat, il convient donc d'analyser :
-
votre horizon de retraite ;
-
votre taux d’imposition actuel ;
-
votre besoin futur de liquidités ;
-
votre intention de percevoir une rente, un capital ou une solution mixte ;
-
la structure de votre caisse de pension ;
-
vos objectifs patrimoniaux et successoraux.
Un rachat ne doit pas être envisagé uniquement comme une économie d’impôt immédiate. Il doit s’inscrire dans une vision plus large de votre retraite, de vos revenus futurs et de la disponibilité de votre patrimoine.
Le pilier 3a : plus qu'un simple outil d'épargne
Pourquoi ouvrir plusieurs comptes pilier 3a ?
Le pilier 3a permet de déduire les montants versés du revenu imposable pendant la vie active. C’est pourquoi il est souvent perçu comme un simple outil d’économie d’impôt.
Pourtant, son impact fiscal ne s’arrête pas à la phase d’épargne.
Au moment de la retraite, le capital du pilier 3a est soumis à une imposition spécifique lors du retrait. Si l’ensemble des avoirs est concentré sur un seul compte, le retrait se fait en une fois pour ce compte, ce qui peut réduire la flexibilité de planification.
Répartir son épargne sur plusieurs comptes 3a peut permettre d’organiser les retraits de manière plus progressive, lorsque la réglementation applicable le permet. Cette approche offre davantage de souplesse pour coordonner les retraits du pilier 3a avec ceux de la caisse de pension ou du libre passage.
L’intérêt fiscal réside donc dans la possibilité de mieux piloter le calendrier des retraits, plutôt que de subir une sortie de capital concentrée sur une seule période.
Suppression de la valeur locative
Comme présenté dans l’épisode précédent, la suppression de la valeur locative constitue une évolution importante du paysage fiscal suisse.
La disparition progressive de certaines déductions liées à la propriété pourrait amener les contribuables à se tourner davantage vers d’autres leviers d’optimisation fiscale.
Selon votre situation, il peut être pertinent d’adapter le rythme et le montant de vos versements au pilier 3a afin de préserver une capacité de rachat future. Comme évoqué dans le deuxième épisode de cette série 360, il est désormais possible, sous certaines conditions, d’effectuer des rachats dans le pilier 3a depuis le 1er janvier 2026.
Une telle stratégie peut permettre de concentrer les déductions fiscales sur les années où votre revenu imposable est le plus élevé, et où l’avantage fiscal potentiel est donc le plus important.
Libre passage : un outil de planification fiscal souvent sous-estimé
Le libre passage est généralement associé à un changement d'employeur ou à une interruption d'activité. Pourtant, à l'approche de la retraite, il peut devenir un véritable élément de planification patrimoniale et fiscale.
Les avoirs transférés sur une fondation de libre passage continuent de faire partie intégrante de votre prévoyance. Ils doivent donc être analysés au même titre que votre caisse de pension ou votre pilier 3a.
Pourquoi l'intégrer à votre stratégie retraite ?
Le libre passage influence directement :
-
le capital disponible à la retraite ;
-
le calendrier des retraits de prévoyance ;
-
la fiscalité applicable au moment du versement ;
-
la structure globale de votre patrimoine ;
-
vos objectifs de transmission.
Le libre passage ne doit donc pas être considéré comme un simple compte d’attente. À l’approche de la retraite, il peut jouer un rôle important dans l’organisation de vos retraits et dans l’optimisation de votre fiscalité.
Quels avantages fiscaux présente le libre passage ?
Les avoirs de libre passage bénéficient d'un traitement fiscal spécifique :
-
le capital n'est pas intégré à la fortune imposable tant qu'il demeure dans le cadre du libre passage ;
-
les rendements ne sont pas imposés comme des revenus ordinaires pendant cette période ;
-
lors du retrait, le capital fait l'objet d'une imposition séparée des autres revenus.
Ces caractéristiques expliquent pourquoi la date de retrait, le montant retiré et la structuration des avoirs de libre passage doivent être analysés plusieurs années avant la retraite.
Le splitting : une stratégie à envisager suffisamment tôt
Certaines personnes choisissent de répartir leurs avoirs de prévoyance entre deux comptes de libre passage distincts lors de leur sortie de caisse de pension. Cette approche, souvent appelée « splitting », peut offrir davantage de flexibilité dans la planification des retraits futurs.
Elle peut notamment permettre :
-
d'échelonner les retraits dans le temps et de réduire la charge fiscale grâce à la progressivité de l’impôt sur les prestations en capital ;
-
de mieux coordonner les différents capitaux de prévoyance ;
-
d’éviter de concentrer l’ensemble du capital sur une seule année fiscale ;
-
d’adapter la stratégie patrimoniale à l’évolution des besoins.
Cette réflexion doit toutefois être menée suffisamment tôt, car elle intervient généralement au moment du transfert depuis la caisse de pension. Une fois les avoirs déjà placés dans une solution de libre passage, la marge de manœuvre peut être plus limitée.
Les erreurs les plus fréquentes
Attendre la dernière minute
De nombreuses optimisations fiscales doivent être préparées plusieurs années avant la retraite. Les rachats de caisse de pension, la structuration du pilier 3a ou la répartition des avoirs de libre passage ne s’improvisent pas quelques mois avant le départ.
Plus la réflexion commence tôt, plus il est possible de coordonner les différentes sources de prévoyance et d’éviter des décisions prises dans l’urgence.
Raisonner produit par produit
Préparer sa retraite ne consiste pas à analyser séparément sa caisse de pension, son pilier 3a, ses avoirs de libre passage ou son portefeuille titres.
Ces éléments interagissent entre eux. Un retrait en capital, une rente plus élevée, un rachat LPP ou un retrait du pilier 3a peuvent modifier votre revenu imposable, votre fortune imposable ou votre niveau de liquidités.
L’enjeu est donc d’obtenir une vision consolidée de votre patrimoine afin de comprendre les conséquences fiscales de chaque décision.
Se concentrer uniquement sur l'économie d'impôt
La fiscalité est importante, mais elle ne doit jamais être le seul critère de décision.
Une stratégie fiscalement avantageuse peut ne pas être adaptée si elle réduit excessivement vos liquidités, compromet votre sécurité financière ou ne correspond pas à vos objectifs de transmission.
L’objectif reste de préserver votre niveau de vie, d’organiser vos revenus futurs et de structurer votre patrimoine de manière cohérente.
Ce qu'il faut retenir
La préparation de la retraite ne se résume pas à accumuler un capital. Elle implique aussi d’anticiper la manière dont ce capital sera retiré, imposé et intégré à votre patrimoine.
Rente, capital, rachats de caisse de pension ou du pilier 3a, et libre passage n’ont pas tous les mêmes conséquences fiscales. C’est précisément leur coordination qui permet de construire une stratégie de retraite plus efficace.
Une planification réussie repose rarement sur un seul levier. C’est la combinaison de plusieurs décisions cohérentes, prises suffisamment tôt, qui permet de préserver davantage de capital, d’optimiser la fiscalité et d’aborder la retraite avec plus de sérénité.
On en discute ?
Chaque situation est unique. Nos spécialistes vous accompagnent dans l'analyse de votre prévoyance, de votre fiscalité et de votre patrimoine afin de construire une stratégie adaptée à vos objectifs de retraite.
La série "Préparer sa retraite"
Piguet Galland a développé la série 360 afin de vous offrir l'ensemble des informations essentielles pour concrétiser vos projets. Cette série 360 vous fournira toutes les informations nécessaires pour passer une retraite en sérénité.
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Episode #1
La retraite : préparer l'avenir sereinement
Ayez un aperçu global de tout ce qu'il faut savoir
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Episode #2
Comprendre le système des trois piliers
L'AVS, la prévoyance professionnelle (LPP) et le troisième pilier.
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Episode #3
Rente ou capital ?
Découvrez comment prendre la bonne décision en fonction de votre situation et de votre projet.
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Episode #4
Immobilier et retraite
Trouvez la bonne stratégie hypothécaire pour anticiper et vivre votre retraite en toute sérénité. -
Episode #5
Préparer sa retraite, c'est aussi préparer sa fiscalité
À l’approche de la retraite, les décisions liées à votre prévoyance peuvent avoir un impact durable sur votre fiscalité et votre patrimoine.
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Episode #6
Expatriation ou retraite anticipée : les impacts ?
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