Le spectre de la crise des dettes européennes ressurgit
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AGEFI
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Daniel Varela Chief Investment Officer
Dans une récente chronique publiée dans L’Agefi, Daniel Varela, Chief Investment Officer de Piguet Galland, revient sur les inquiétudes entourant la trajectoire des finances françaises et leurs implications pour la zone euro. Si les mécanismes européens constituent aujourd’hui un rempart face au risque de contagion, les marchés exigent une prime de risque accrue sur la dette française.
La crise des dettes souveraines européennes de 2010-2012 appartient-elle vraiment au passé ? La question mérite d’être posée alors que la France, deuxième économie de la zone euro, voit progressivement se dégrader la perception de sa dette par les investisseurs. L’endettement public poursuit sa progression, le déficit reste très élevé et la croissance nominale peine à compenser la hausse du coût de financement. Selon les analyses disponibles, aucun scénario réaliste ne permet d’envisager une stabilisation du ratio dette/PIB dans les prochaines années.
La dynamique est d’autant plus préoccupante que le taux moyen payé sur la dette française devrait continuer à augmenter avec le renouvellement des emprunts contractés depuis 2022. Or, la France n’a plus dégagé de solde budgétaire primaire positif depuis la fin des années 1990. Avec une croissance nominale appelée à rester faible, le traditionnel « effet boule de neige » risque donc de s’accélérer : lorsque le taux d’intérêt dépasse la croissance, la dette augmente mécaniquement en l’absence d’un excédent primaire suffisant.
Scénario à la grecque peu probable
Les marchés commencent d’ailleurs à intégrer ce risque. Les écarts de rendement entre les obligations françaises et allemandes se sont fortement creusés et les taux français figurent désormais parmi les plus élevés de la zone euro. Le contexte politique n’offre guère de répit : à l’approche des élections, la tentation de multiplier les promesses plutôt que d’annoncer des mesures impopulaires de réduction des dépenses risque de compliquer encore la restauration de la crédibilité budgétaire.
Faut-il pour autant redouter un scénario à la grecque ? Probablement pas. La France bénéficie d’une épargne domestique importante, d’un système bancaire solide et, surtout, d’un poids économique et politique qui la rend systémique pour l’Europe. Les mécanismes européens de soutien, notamment ceux de la Banque centrale européenne (BCE) et du Mécanisme européen de stabilité (MES), constituent une protection inexistante lors de la crise grecque.
Mais cette protection ne signifie pas que les marchés seront épargnés. Une crise de confiance pourrait d’abord provoquer une forte remontée de la prime de risque française, avant de contraindre les autorités européennes à intervenir pour éviter la contagion à d’autres économies fragiles, notamment l’Italie ou la Grèce. Le soutien à la France serait alors probablement conditionné à un ajustement budgétaire drastique. L’expérience européenne montre en effet que la crédibilité budgétaire peut disparaître rapidement, mais qu’elle se reconquiert beaucoup plus lentement.
Contagion contenue
Le risque d’une nouvelle crise financière européenne a donc sensiblement augmenté. Dans les prochains mois, une nouvelle hausse marquée de la prime de risque sur les obligations françaises ne peut être exclue. La BCE dispose des moyens de contenir la contagion. Mais pour les investisseurs, la dette française entre ainsi dans une phase où la solvabilité à long terme importe moins que la crédibilité immédiate de la trajectoire budgétaire.
Auteurs
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Diplômé de l’Université de Genève en gestion d’entreprises, avec une spécialisation en finance, Daniel Varela débute sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 comme Responsable de la gestion institutionnelle, tout en dirigeant l’analyse et la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il prend la tête de la stratégie d’investissement et du département des investissements de Piguet Galland. En janvier 2012, il rejoint le Comité de Direction en tant que Chief Investment Officer.