Point sur les marchés 7 avril 2026
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Christina Carlsten Analyste-gérante de fonds
Le billet vert bénéficie des tensions géopolitiques.
La montée des tensions au Moyen-Orient a ravivé l’attrait pour le dollar américain, interrompant la phase de repli observée en début d’année. Dans un climat où l’incertitude domine, les investisseurs se tournent de nouveau vers la devise la plus liquide du système financier mondial, ce qui a entraîné un rebond marqué du billet vert.
Cette appréciation intervient alors même que les anticipations d’assouplissement monétaire de la Réserve fédérale auraient dû peser sur le dollar. Mais, dans l’immédiat, la dimension géopolitique l’emporte largement sur les considérations de politique monétaire, renforçant le rôle refuge de la devise américaine.
Ce mouvement pourrait toutefois rester temporaire. Si les hostilités venaient à s’atténuer et que la visibilité géopolitique s’améliorait, les facteurs fondamentaux — notamment la perspective d’une baisse des taux directeurs — pourraient reprendre le dessus. Le dollar verrait alors son élan s’essouffler, renouant avec la tendance plus modérée qui prévalait avant l’escalade du conflit.
Europe : la reprise mise à l’épreuve par le choc énergétique
L’année 2026 devait marquer le retour en grâce de l’Europe, portée par des fondamentaux en amélioration, des indicateurs avancés bien orientés et une dynamique bénéficiaire plus favorable. La perspective d’une diversification hors des États-Unis avait relancé les flux vers les actions européennes, laissant entrevoir une poursuite de la surperformance régionale.
L’éclatement du conflit au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie ont toutefois assombri les perspectives à court terme. Davantage exposée en raison de sa dépendance aux importations énergétiques et de sa sensibilité au cycle mondial, l’Europe apparaît plus vulnérable que les États‑Unis. Dans ce contexte, et après la forte hausse enregistrée depuis l’automne, nous avons choisi, par prudence, de revenir à une pondération neutre.
Les incertitudes restent élevées, notamment sur la durée du conflit. Selon la BCE, une hausse durable de 14 % des prix de l’énergie pourrait retrancher 0,1 point de croissance et pousser l’inflation jusqu’à +0,5 point. Si ce risque a ravivé les anticipations de resserrement monétaire, celles-ci nous semblent excessives, sauf en cas de tensions énergétiques prolongées.
Le choc énergétique actuel, parti d’un seuil plus bas, reste limité et diffère sensiblement de celui de 2022. Il est principalement tiré par le pétrole, tandis que le gaz, bien qu’en hausse, évolue flirte avec la limite supérieure de sa bande de fluctuation post-2022.
Dans ce contexte, tout porte à croire que si un resserrement monétaire devait se dessiner en réponse à l’inflation, il serait plus limité qu’en 2022, les conditions de base étant très différentes. En 2022, la BCE maintenait une politique monétaire expansive en dépit d’une inflation déjà élevée. Aujourd’hui, en revanche, avec un taux directeur à 2 % et une inflation proche de la cible des 2 % sur l’année écoulée, la politique monétaire s’inscrit dans une orientation plus restrictive.
Jusqu’à présent, la correction boursière reste modérée : le STOXX 600 a reculé d’environ 7 %, retrouvant ses niveaux de novembre 2025. Le sentiment des investisseurs s’est dégradé mais sans basculer dans la panique ou la capitulation, suggérant que la correction pourrait se poursuivre à court terme. Enfin, derrière des indices résilients, de fortes divergences sectorielles apparaissent, ouvrant à moyen terme des points d’entrée attractifs, notamment sur les valeurs cycliques.
Chiffre de la semaine : 178'000
La création d'emploi a défié les attentes au mois de mars aux États-Unis, en dépit du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Dans ce contexte, le taux de chômage recule légèrement à 4.3 %.
Auteur
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Titulaire d’une licence en sciences économiques de l’Université de Lund, en Suède, Christina Carlsten est analyste et gérante senior des marchés européens chez Piguet Galland, qu’elle a rejoint en 1997. Elle débute sa carrière à la Banque Scandinave en Suisse au sein de la clientèle privée, avant de se spécialiser dans l’analyse financière et la gestion de fonds. Au sein de la Banque, elle pilote aujourd’hui la gestion de fonds et de certificats thématiques investis en actions européennes et globales.