Conflit au Moyen-Orient : des répercussions généralisées sur les matières premières
Le conflit au Moyen-Orient entre désormais dans sa troisième semaine et ses effets se répercutent sur l’ensemble des matières premières. Le pétrole progresse de près de 50%, la fermeture du détroit d’Ormuz – par où transitent habituellement 20% de la production mondiale – entraînant un net déficit d’offre. Pour limiter l’impact à court terme, les pays membres de l’IEA se sont accordés sur la mise à disposition de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques. Le gaz s’envole également, avec des hausses dépassant 60% en Europe et en Asie, en raison de la chute des exportations de LNG qataries. Les stocks y sont plus limités que pour le pétrole, rendant la situation plus fragile pour les industries énergivores, qui commencent à annoncer des baisses d’activité. Les céréales ne sont pas épargnées : la hausse du prix du gaz renchérit fortement les fertilisants, en hausse de 30% aux États‑Unis depuis le début du conflit. Une vigilance s’impose, la flambée des prix agricoles pouvant être source de tensions sociales.
À ce stade, ces mouvements semblent temporaires. Une désescalade durant les prochaines semaines permettrait un retour progressif vers les niveaux de début d’année : Néanmoins, un conflit prolongé pourrait amplifier la tendance haussière récente.
Des banques centrales paralysées par la guerre
La semaine qui s’ouvre constitue un moment important pour la politique monétaire mondiale. Les principales banques centrales occidentales se réunissent en effet dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, marqué par l’escalade militaire au Moyen-Orient. L’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et la réaction de Téhéran ont provoqué une déstabilisation immédiate des marchés de l’énergie, notamment en raison de la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel.
Pour les banquiers centraux, la situation ravive un souvenir encore récent : celui du choc inflationniste consécutif à l’invasion de l’Ukraine en 2022. À l’époque, l’envolée des prix de l’énergie avait largement contribué à la flambée de l’inflation dans les économies développées, obligeant les autorités monétaires à procéder au cycle de resserrement le plus rapide depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, même si l’inflation a nettement ralenti dans la plupart des économies avancées, elle n’est pas encore totalement revenue vers les objectifs des banques centrales. Une nouvelle hausse durable des prix de l’énergie pourrait donc compliquer davantage le processus de normalisation monétaire.
Dans ce contexte, il est probable que les principales institutions, qu’il s’agisse de la Réserve fédérale américaine, de la Banque centrale européenne, de la Banque du Japon, de la Banque d’Angleterre ou encore de la Banque nationale suisse, adoptent une attitude prudente lors de leurs réunions respectives cette semaine. L’incertitude entourant la durée et l’intensité du conflit au Moyen-Orient plaide en faveur d’une posture attentiste. Les banques centrales devraient ainsi privilégier le statu quo à court terme, en maintenant leurs taux directeurs inchangés le temps d’évaluer l’impact réel de la crise sur l’inflation et sur la croissance mondiale.
Les marchés porteront donc une attention particulière non seulement aux décisions elles-mêmes, mais surtout aux communications qui les accompagneront. Les communiqués officiels et les conférences de presse pourraient fournir des indications précieuses sur la manière dont les autorités monétaires intègrent ce nouveau choc géopolitique dans leurs scénarios économiques.
Aux États-Unis, les investisseurs s’interrogeront notamment sur la possibilité de nouvelles baisses de taux au cours des prochains trimestres, un scénario qui paraissait encore plausible avant la récente flambée des prix de l’énergie. En Europe et au Royaume-Uni, la question sera de savoir si le cycle monétaire pourrait être bouleversé si des tensions inflationnistes devaient réapparaître.
En Suisse enfin, la situation présente une dimension particulière. La forte appréciation du franc, qui évolue à des niveaux historiquement élevés face à l’euro, renforce les pressions désinflationnistes domestiques. Dans un environnement mondial incertain, nous n’excluons pas que la Banque nationale suisse soit à nouveau confrontée au débat sur l’éventualité de taux négatifs si la monnaie helvétique devait continuer à se renforcer.
Chiffre de la semaine : 29,5
L’indice VIX de la volatilité des actions américaines a terminé la semaine en forte hausse, indiquant une augmentation sensible du stress sur les marchés financiers. Cependant, aucun signe de panique à ce stade. A titre de comparaison, cet indicateur avait bondi à plus de 60 lors du « Liberation Day » d’avril 2025.
Auteur
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Diplômé de l’Université de Genève en gestion d’entreprises, avec une spécialisation en finance, Daniel Varela débute sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 comme Responsable de la gestion institutionnelle, tout en dirigeant l’analyse et la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il prend la tête de la stratégie d’investissement et du département des investissements de Piguet Galland. En janvier 2012, il rejoint le Comité de Direction en tant que Chief Investment Officer.