Daniel Varela : «Les marchés obligataires vont continuer à tester Kevin Warsh»
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Le Temps
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Daniel Varela Chief Investment Officer
Les marchés sont sortis confus de la réunion de mercredi de la Réserve fédérale américaine (Fed). Son président a donné peu d’indications sur ses intentions, sur les taux mais aussi sur le fonctionnement de la Fed. Décryptage avec Daniel Varela, économiste en chef de la banque Piguet Galland
La réunion de la Réserve fédérale américaine de mercredi était très attendue car sa décision sur les taux d’intérêt faisait l’objet d’une inhabituelle incertitude. Le consensus s’attendait à un maintien des taux courts à leur niveau actuel, mais près d’un tiers des observateurs n’excluaient pas un relèvement de 0,25 %. Les taux sont restés dans la fourchette de 3,50 à 3,75 %, mais les marchés se trouvent maintenant dans une plus grande incertitude concernant la prochaine réunion, en septembre. Les explications de Daniel Varela, économiste en chef de la banque Piguet Galland.
Le Temps: Pourquoi les investisseurs sont-ils ressortis confus de la réunion de mercredi de la Réserve fédérale?
Daniel Varela: Car ils n’ont pas appris grand-chose sur ses intentions mercredi, alors qu’avant sa nomination Kevin Warsh avait annoncé que beaucoup de choses changeraient au sein de la Fed. Il a en tout cas abandonné la «forward guidance», c’est-à-dire l’habitude de la Fed de communiquer à l’avance sur ses réflexions et ses intentions. Or tant dans le communiqué que durant la conférence de presse, Kevin Warsh est resté flou, alors que le contexte du moment est particulièrement complexe, avec les conséquences de la guerre en Iran sur le prix du pétrole et donc l’inflation américaine. Par ailleurs, certaines de ses réponses ont surpris.
Lesquelles?
D’une part, lorsqu’il a minimisé l’effet inflationniste à court et moyen terme de l’IA, qui fait augmenter le prix des ordinateurs et des mémoires. D’autre part, lorsqu’il lui a été demandé son opinion sur les tensions observées ces derniers mois sur les taux longs. Il a répondu que ce n’était pas problématique, car le marché obligataire fait ainsi le travail de la Fed [en resserrant les conditions monétaires, ndlr]. Mais les marchés veulent un président de la Fed qui mène la politique monétaire.
A quoi les marchés s’attendent-ils désormais pour la réunion de septembre?
Avant la réunion de ce mercredi, le marché des futures de taux d’intérêt indiquait plus de 30 % de chances de hausse des taux ce jour-là et 100 % de chances de hausse lors de la réunion de septembre. A l’issue de la réunion, cette probabilité est tombée à 60 %. Le marché a maintenant davantage de doutes, qui se reflètent aussi dans la «repentification» de la courbe de taux. Les taux courts se sont un peu détendus, tandis que le taux à 30 ans a progressé, en dépassant à la clôture 5,20 %, un niveau pas vu depuis 2007. Lorsque le marché estime que la Fed ne s’occupe pas assez des risques inflationnistes, les anticipations d’inflation remontent, ainsi que les taux.
Parmi les 12 membres votants du comité de la Fed, trois se sont prononcés mercredi pour une hausse des taux dès maintenant. Quel sens donner à cela?
Ces trois «dissensions» sont inhabituelles et montrent que les opinions sont partagées au sein de la Fed, ce qui entretient l’incertitude.
Finalement, que faudra-t-il observer ces prochaines semaines?
Les taux à 30 ans, déterminants pour les hypothèques, auront peut-être un impact sur la construction. Mais le taux à 10 ans devra surtout être suivi, car il est utilisé pour le financement des entreprises. Or il a clôturé à 4,70 % mercredi, approchant le seuil psychologique de 5 % atteint en 2023. La Fed sera attendue au tournant sur ce plan. Quand un nouveau président arrive à la Fed, le marché obligataire teste sa détermination. C’est ce que l’on observe actuellement et cela devrait durer encore.
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Diplômé de l’Université de Genève en gestion d’entreprises, avec une spécialisation en finance, Daniel Varela débute sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 comme Responsable de la gestion institutionnelle, tout en dirigeant l’analyse et la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il prend la tête de la stratégie d’investissement et du département des investissements de Piguet Galland. En janvier 2012, il rejoint le Comité de Direction en tant que Chief Investment Officer.