La conjoncture américaine défie la gravité !
La semaine passée a été riche en publications de statistiques macroéconomiques aux Etats-Unis. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les turbulences géopolitiques et la volatilité du prix du pétrole ne se font pour le moment absolument pas sentir sur la première économie mondiale. Les indicateurs d’activité manufacturière et des services ressortent tous deux sensiblement au-dessus des attentes des économistes, en zone de forte expansion et pointent vers une croissance robuste du PIB américain pour le trimestre en cours. Cette dynamique positive a été confirmée en fin de semaine par des chiffres de l’emploi exceptionnels. Au mois de mai, plus de 170'000 emplois ont été créés, deux fois plus que le consensus des estimations. La statistique du mois précédent à été en outre révisée à la hausse ! Le taux de chômage reste lui stable à 4,3 %. Toutefois, la conséquence de cette solidité est une probabilité de plus en plus forte de voir la Réserve fédérale augmenter ses taux directeurs, ce qui a fait lourdement chuter les bourses en fin de semaine.
Quand la liquidité se rappelle aux investisseurs sur les marchés privés
Au cours de la dernière décennie, les actifs privés ont connu un essor remarquable. Portés par des performances attractives et une volatilité en apparence contenue, le private equity et la dette privée se sont imposés comme des composantes clés des portefeuilles diversifiés. Dans un environnement de taux bas, ces stratégies ont offert une promesse séduisante : générer des rendements supérieurs sans subir les fluctuations quotidiennes des marchés cotés.
Cet engouement a conduit de nombreux investisseurs institutionnels à atteindre des niveaux d’allocation élevés. Face à cette saturation progressive, les sociétés de gestion ont intensifié leurs efforts de vente auprès de la clientèle privée, notamment via les fonds « evergreen ». Proches des fonds traditionnels par leur stratégie, ces véhicules permettent des rachats partiels à intervalles réguliers. En pratique, ces fenêtres de liquidité restent limitées, de l’ordre de 5 % par trimestre.
Depuis novembre 2025, la perception des investisseurs a toutefois évolué. Les premières inquiétudes sont apparues dans la dette privée avant de s’étendre plus largement. Elles tiennent notamment à l’exposition de nombreux fonds aux entreprises technologiques, en particulier aux sociétés de logiciels. L’essor de l’intelligence artificielle bouleverse leurs modèles économiques, ce qui crée des incertitudes sur leur croissance future et leur valorisation.
Dans ce contexte, plusieurs gestionnaires de premier plan sur la dette privée ont été contraints de limiter les demandes de remboursement afin de préserver l’équilibre de leurs fonds. La semaine passée, cette dynamique a franchi une nouvelle étape avec l’annonce de restrictions similaires dans un fonds de private equity. Des acteurs majeurs tels que Blackstone, Partners Group ou Blue Owl, qui ont rencontré un grand succès ces dernières années, sont également concernés. Ayant lancé leurs produits plus tôt, leurs investisseurs affichent souvent des gains significatifs et figurent parmi les premiers à procéder à des prises de bénéfices.
Après des années de flux soutenus, ce ralentissement apparaît en partie naturel. Il reflète aussi une appréhension parfois incomplète des contraintes de liquidité par certains investisseurs. Les prochains trimestres devraient rester marqués par des ajustements, le temps que l’équilibre entre demandes de sortie et capacité de liquidation des actifs se normalise.
Cette situation rappelle une réalité fondamentale : les actifs privés sont par nature peu liquides. Les véhicules offrant des rachats fréquents doivent composer avec cette contrainte, ce qui peut entraîner des restrictions en période de tension. Un horizon d’investissement long reste donc essentiel.
Pour autant, il convient de ne pas remettre en cause l’intérêt structurel des marchés privés. Ceux-ci permettent d’accéder à des opportunités souvent absentes des marchés cotés, notamment dans des phases de croissance ou de transformation d’entreprises. La phase actuelle de normalisation pourrait même créer des points d’entrée intéressants pour des investisseurs disposant de capital et capables de s’inscrire dans la durée.
Chiffre de la semaine : 3,2 %
La remontée de l’inflation en zone euro à 3,2 % en mai, couplée à des déclarations plus fermes de la BCE, a renforcé les anticipations de marché, qui intègrent désormais pleinement une hausse des taux directeurs lors de sa réunion ce jeudi. La BCE serait ainsi parmi les premières grandes banques centrales à agir.
Auteur
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Diplômé de l’Université de Genève en mathématiques et titulaire du diplôme CIIA, Léonard Dorsaz débute sa carrière dans le secteur bancaire, où il se spécialise dans la sélection de fonds, en particulier les fonds alternatifs. Il rejoint Piguet Galland en 2004 et prend la direction du département chargé de la sélection et du suivi des produits externes. Depuis 2008, il gère également le Piguet Opportunity Fund.