Point sur les marchés 16 février 2026
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Daniel Varela Chief Investment Officer
Plus de frein à la croissance américaine
Parmi la multitude d’indicateurs économiques publiés ces dernières semaines, une publication ne doit pas passer inaperçue. Il s’agit de l’ISM Manufacturier, qui donne des informations précieuses sur les perspectives dans le secteur manufacturier aux Etats-Unis. Depuis début 2023, cette statistique est restée ancrée sous la barre des 50, c’est-à-dire une zone qui reflète une contraction de l’activité dans le pays et qui était donc un frein à la croissance du PIB, soutenu en majeure partie par l’activité des services ces dernières années.
Pour le mois de janvier cependant, l’ISM Manufacturier a bondi de manière inattendue en zone d’expansion, bien au-delà des attentes des économistes. Cette vigueur devrait, si elle se confirme, se refléter dans une accélération de la conjoncture américaine en 2026.
Ce nouvel élan de l’activité, notamment industrielle, couplé à une poursuite de l’assouplissement de la politique monétaire par la Réserve fédérale est un scénario extrêmement positif pour les bourses, qui pourraient bien repartir à la hausse après une consolidation de plusieurs semaines.
Obligations : stabilité des taux longs et primauté du rendement courant
Si le marché obligataire a progressivement retrouvé de la visibilité après les chocs inflationnistes des dernières années, les obligations ne devraient pas constituer en 2026 la classe d’actifs la plus dynamique en termes de performance absolue. Dans notre scénario central, l’année sera marquée par une relative stabilité des taux longs, tant aux États-Unis qu’en Europe, dans un environnement où la contribution essentielle à la performance proviendra du portage plutôt que d’un potentiel significatif de gains en capital.
L’actualité récente aux États-Unis a d’ailleurs apporté un élément de réassurance important pour les investisseurs. Le reflux de l’inflation annuelle à 2,4 %, contre encore 3,0 % en octobre 2025, confirme la poursuite de la trajectoire de désinflation. Ce mouvement, qui intervient après un sursaut temporaire lié à l’instauration de nouveaux droits de douane, a conforté l’idée que les tensions sur les prix demeurent globalement maîtrisées. Dans ce contexte, la Réserve fédérale américaine dispose d’une marge de manœuvre accrue pour poursuivre l’assouplissement graduel de sa politique monétaire en 2026.
Néanmoins, cette détente monétaire devrait principalement affecter la partie courte de la courbe des taux. Les segments longs demeurent contraints par plusieurs facteurs structurels. D’une part, les anticipations de croissance nominale restent résilientes, en particulier aux États-Unis. D’autre part, les besoins de financement publics, liés à des déficits budgétaires élevés et à un volume d’émissions conséquent, exercent une pression persistante sur les rendements à long terme. En Europe également, les interrogations relatives à la soutenabilité des trajectoires budgétaires limitent le potentiel de baisse des taux longs.
Dans cet environnement, les obligations gouvernementales des pays développés offrent un potentiel d’appréciation limité. Les obligations suisses apparaissent toujours parmi les moins attractives, avec des rendements proches de zéro sur une grande partie de la courbe. Sur le segment du crédit, les primes de risque se situent à des niveaux historiquement bas, laissant peu de marge pour une compression supplémentaire des spreads. Là encore, la performance devrait essentiellement provenir du coupon.
Ainsi, en 2026, la stabilité attendue des taux longs implique une approche disciplinée et sélective. Dans cet univers contraint, la dette émergente en monnaies locales conserve un attrait relatif. Elle bénéficie de taux réels encore élevés, de cycles monétaires souvent plus avancés que dans les économies développées et, dans plusieurs pays, d’une amélioration graduelle des fondamentaux macroéconomiques. Pour un investisseur disposé à accepter une volatilité accrue et un risque de change, ce segment constitue l’une des rares poches obligataires offrant encore un différentiel de rendement significatif.
Chiffre de la semaine : 0.9095
Si l’on excepte le 15 janvier 2015, date de l’abandon du taux plancher par la BNS, l’euro n’a jamais évolué à un niveau aussi faible face au franc. En ce début d’année, la devise helvétique s’inscrit à nouveau en nette appréciation contre la plupart des grandes monnaies.
Auteur
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Diplômé de l’Université de Genève en gestion d’entreprises, avec une spécialisation en finance, Daniel Varela débute sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 comme Responsable de la gestion institutionnelle, tout en dirigeant l’analyse et la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il prend la tête de la stratégie d’investissement et du département des investissements de Piguet Galland. En janvier 2012, il rejoint le Comité de Direction en tant que Chief Investment Officer.