Pétrole sous tension : impacts et opportunités
Le conflit au Moyen-Orient entre dans sa cinquième semaine et continue d’impacter le marché des matières premières. Si les prix du pétrole sont restés globalement stables la semaine passée, l’équilibre demeure très fragile : les flux de brut, de produits raffinés et de LNG sont quasiment à l’arrêt dans le détroit d’Ormuz, faisant craindre prochainement des pénuries physiques dans plusieurs régions.
Sans amélioration rapide de la situation, le prix du baril pourrait s’envoler au-delà des 150 $, un niveau où la demande finirait par se contracter naturellement à cause d’une récession brutale. À l’inverse, si les tensions retombent, la correction serait probablement plus progressive, en raison de contraintes logistiques persistantes. De plus, le marché de l’énergie conserverait sans doute une prime géopolitique.
Dans ce contexte, les énergies renouvelables pourraient bénéficier d’un regain d’intérêt, malgré les réticences persistantes de certains pays. Le besoin de sécuriser des sources d’énergie locales, prévisibles et non dépendantes de tensions géopolitiques devrait accélérer davantage leur adoption. Le secteur du nucléaire pourrait tout particulièrement tirer son épingle du jeu une fois cette phase d’incertitudes passée.
Prudence renforcée sur fond de crise énergétique
Au cours des dernières semaines, le cadre macroéconomique et financier s’est nettement détérioré. L’escalade des tensions au Moyen-Orient, conjuguée à l’absence de solution rapide en vue, entretient un niveau d’incertitude particulièrement élevé. Cette situation se reflète notamment sur les marchés de l’énergie, où les prix du pétrole ont retrouvé des niveaux comparables à ceux observés en 2022. Une telle évolution ravive les craintes entourant la dynamique de croissance mondiale, en exerçant une pression accrue sur les coûts de production ainsi que sur le pouvoir d’achat des ménages.
Dans ce contexte, les actifs risqués apparaissent plus exposés à des mouvements de correction. Si les perspectives économiques de moyen terme ne sont pas fondamentalement remises en question, la multiplication des facteurs exogènes incite à adopter une posture plus mesurée à court terme. Les marchés actions, en particulier, pourraient rester sujets à des épisodes de volatilité marquée tant que la visibilité demeurera limitée.
Nous avons ainsi décidé de prolonger les ajustements tactiques initiés début mars. Pour les portefeuilles équilibrés, l’allocation en actions a été réduite de 4 %, de manière homogène entre les différentes zones géographiques. Cette diminution, qui s’ajoute à une première baisse de 3 %, conduit désormais à une position globalement sous-pondérée sur cette classe d’actifs. En contrepartie, les liquidités ont été renforcées et représentent désormais près de 10 % des allocations, offrant une marge de manœuvre accrue dans un environnement incertain.
Sur le segment obligataire, nous avons procédé à des réallocations ciblées en faveur d’opportunités offrant un profil rendement/risque plus attractif. Nous avons allégé les expositions aux obligations libellées en francs suisses ainsi qu’au crédit à haut rendement global, qui ont fait preuve de résilience depuis le début des tensions. En parallèle, nous avons accru notre positionnement sur les obligations souveraines américaines à longue maturité, dont les rendements se sont récemment tendus de manière significative.
Enfin, sur le plan des devises, l’exposition au dollar américain a été augmentée. Dans un environnement dominé par l’aversion au risque, celui-ci devrait continuer de jouer pleinement son rôle de valeur refuge.
Dans l’ensemble, ces ajustements traduisent notre volonté de privilégier la préservation du capital à court terme, tout en conservant la flexibilité nécessaire pour réaugmenter l’exposition aux actifs risqués lorsque les incertitudes géopolitiques et macroéconomiques commenceront à se dissiper.
Chiffre de la semaine : -11,5 %
Vendredi passé, le Nasdaq est entré en zone de correction (baisse de plus de 10 % depuis les plus hauts). Les valeurs technologiques américaines sont sous forte pression, alors que les nouvelles négatives s’accumulent pour les poids lourds du secteur.
Auteur
-
Diplômé de l’Université de Genève en gestion d’entreprises, avec une spécialisation en finance, Daniel Varela débute sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 comme Responsable de la gestion institutionnelle, tout en dirigeant l’analyse et la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il prend la tête de la stratégie d’investissement et du département des investissements de Piguet Galland. En janvier 2012, il rejoint le Comité de Direction en tant que Chief Investment Officer.