Point sur les marchés 12 janvier 2026
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Daniel Varela Chief Investment Officer
L’indépendance de la Fed toujours menacée
Durant le weekend, les tensions entre la Maison-Blanche et la Réserve fédérale (Fed) ont atteint un niveau inédit après l’ouverture par le département de la Justice d’une enquête criminelle visant Jerome Powell. Selon les déclarations publiques du président de la Fed, cette procédure, officiellement liée aux rénovations immobilières des bureaux de l’institution, constitue en réalité une pression politique directe destinée à infléchir la trajectoire des taux d’intérêt. L’enjeu dépasse certainement le sort de M. Powell et touche au cœur de l’indépendance monétaire américaine, menacée d’être subordonnée aux priorités du pouvoir exécutif. Cette nouvelle attaque contre la Fed peut engendrer une volatilité à court terme sur les marchés financiers. Les premières réactions montrent un léger repli des actifs risqués, un cours de l’or en hausse et une faiblesse accrue du billet vert. De manière plus durable, et en l’absence de garanties institutionnelles solides, le dollar américain pourrait rester orienté à la baisse, les investisseurs intégrant un risque politique pesant directement sur la conduite de la politique monétaire.
Les tendances de 2025 devraient se prolonger en ce début d’année
Après une année 2025 marquée par la résilience en dépit des chocs tarifaires, les indicateurs avancés laissent entrevoir une accélération graduelle de la croissance. Aux États‑Unis, la normalisation de l’inflation, la solidité de la consommation et le redressement du moral des entreprises témoignent d’une stabilisation encourageante. Quelques signes de fragilité sur le marché de l’emploi devraient néanmoins encourager la Réserve fédérale (Fed) à poursuivre l’abaissement graduel de ses taux directeurs. Cela permettra au passage de soutenir l’investissement et de consolider le cycle économique. En Europe, le plan de relance allemand redonne de l’élan à une économie qui en manquait depuis plusieurs trimestres, ce qui devrait également profiter aux pays voisins. Et en Chine, les autorités multiplient les mesures ciblées pour éviter un ralentissement trop marqué. Voilà autant d’impulsions croisées qui renforcent la probabilité d’un redémarrage coordonné du cycle mondial.
La progression attendue des bénéfices constitue un moteur clé pour les actions en 2026. Malgré des valorisations un peu élevées, surtout du côté de Wall Street, cette classe d’actifs conserve le meilleur potentiel relatif, grâce à l’amélioration conjoncturelle et à un environnement monétaire et budgétaire favorable. En Suisse, la baisse des droits de douane, de 39 % à 15 %, améliore sensiblement la visibilité pour les exportateurs. Sur le marché obligataire, la visibilité continue d’être bonne, mais le potentiel d’appréciation des cours demeure limitée, de sorte que la performance proviendra principalement des coupons. En raison d’un contexte de taux très bas en Suisse, les obligations en CHF restent peu attractives, tandis que les dettes émergentes libellées en monnaies locales offrent un différentiel de taux réel intéressant. En ce qui concerne les devises, la poursuite de l’assouplissement monétaire américain devrait maintenir une pression modérée sur le dollar. Les monnaies cycliques et les devises de certains pays émergents pourraient bénéficier davantage de la reprise mondiale.
Dans ce contexte, nous renforçons l’exposition aux actions, en augmentant les titres suisses dans les profils pondérés. Ce mouvement est financé par une réduction des obligations en CHF et de l’immobilier suisse coté, dont le rendement apparaît désormais trop faible. Enfin, nous décidons de créer une poche en obligations émergentes en monnaies locales, au détriment des emprunts américains de bonne qualité.
Chiffre de la semaine : 2 %
Comme attendu, l’inflation en zone euro s’est repliée le mois dernier pour s’établir à 2 %, en ligne avec l’objectif de la Banque centrale européenne. Le processus de désinflation sur le Vieux Continent est bien engagé et l’inflation pourrait encore reculer dans les prochains mois.
Auteur
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Diplômé de l'Université de Genève en Gestion d'entreprises, option Finance, Daniel Varela a débuté sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 en tant que Responsable de la gestion institutionnelle également en charge de l'analyse et de la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il est devenu Responsable de la stratégie d'investissement et du département des investissements de Piguet Galland. Il a rejoint le Comité de Direction de Piguet Galland en janvier 2012 en tant que Chief Investment Officer.