Point sur les marchés 10 février 2026
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Christina Carlsten Analyste-gérante de fonds
La croissance des entreprises américaines au beau fixe
Les résultats du quatrième trimestre confirment l’excellente dynamique de la conjoncture américaine. Alors que 60% des entreprises du S&P 500 ont publié leurs chiffres, on peut déjà dresser un bilan extrêmement positif du dernier trimestre de l’année 2025. Ce sont près de 80% des sociétés qui battent les attentes du consensus. Et pas qu’un peu ! Les bénéfices annoncés dépassent de presque 9 % les prévisions des analystes, qui sont manifestement bien trop prudents dans leurs anticipations. La croissance des résultats devrait avoisiner les 12 % année sur année, alors que les revenus progressent de 6 %. Plus important, la contribution à la croissance s’étend bien au-delà des valeurs technologiques et cette tendance contribue à un élargissement de la participation des secteurs à la hausse récente des bourses. Le repositionnement des investisseurs hors de la technologie se poursuit donc, à la faveur des secteurs plus cycliques, à l’image des industrielles, qui ont particulièrement le vent en poupe en ce début d’année.
Europe : une opportunité qui dépasse la diversification
Les bourses européennes poursuivent l’élan positif observé en 2025 et, depuis trois mois, elles devancent clairement le marché américain et l’indice des actions mondiales. La récente correction de la thématique de l’intelligence artificielle a renforcé cet avantage relatif.
La question centrale est de savoir si cette dynamique peut se poursuivre. Nous pensons que oui. L’Europe ne fait pas l’objet des mêmes craintes de valorisation que les États-Unis et son marché, beaucoup moins concentré, offre une meilleure diversification sectorielle et une moindre dépendance aux mégacapitalisations. La plus grande société européenne représente moins de la moitié de la plus importante capitalisation américaine, ce qui réduit la vulnérabilité aux rotations de marché.
Par ailleurs, la région présente une faible corrélation avec les autres grandes zones, et le niveau actuel de valorisation, proche de 14,5x, a historiquement généré des performances positives sur le long terme. Enfin, le sentiment des investisseurs est repassé en territoire neutre, un signal de bon augure qui pourrait annoncer de nouveaux plus hauts historiques.
Au-delà de ces atouts structurels, valorisation, diversification, corrélation et sentiment, le contexte macroéconomique constitue désormais un facteur additionnel clé. Un catalyseur majeur est en train de s’installer : la politique monétaire et la politique budgétaire, longtemps opposées, s’alignent désormais dans un sens expansionniste.
Le cycle européen bénéficie déjà de la baisse des taux menée par la BCE, qui commence à revitaliser l’immobilier, la construction et la demande domestique. Après des années de rigueur budgétaire qui ont pesé sur l’économie, l’Europe engage une relance budgétaire synchronisée, portée notamment par un réarmement massif et par des investissements d’ampleur inédite en Allemagne, dont les effets devraient se matérialiser à partir du deuxième semestre 2026. Parallèlement, les pays du Sud continuent de bénéficier du déploiement des fonds Next Generation EU, soutenant l’investissement et la croissance à moyen terme.
Dans un contexte où les attentes restent faibles, l’Europe dispose ainsi d’un potentiel significatif de surprises positives. Les étoiles semblent aujourd’hui alignées !
Chiffre de la semaine : 50’000
Pour la première fois de son histoire, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles franchit la barre des 50'000. La résilience remarquable de l’économie américaine et la récente rotation sectorielle favorisant les valeurs cycliques expliquent en grande partie cette progression.
Auteur
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Titulaire d’une licence en sciences économiques de l’Université de Lund, en Suède, Christina Carlsten est analyste et gérante senior des marchés européens chez Piguet Galland, qu’elle a rejoint en 1997. Elle débute sa carrière à la Banque Scandinave en Suisse au sein de la clientèle privée, avant de se spécialiser dans l’analyse financière et la gestion de fonds. Au sein de la Banque, elle pilote aujourd’hui la gestion de fonds et de certificats thématiques investis en actions européennes et globales.